Joyeuse fête du travail à tous!

Pour ce 1er mai, j’ai décidé de vous offrir ce petit extrait des Frasques de Juliette

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« Pour le reste, j’ai repris mon petit business avec les hommes et ça ne me réussit pas trop mal. Je traverse les mois et les années sans avoir à me casser le dos à mettre des saloperies en rayon pour que des hordes d’hystériques satisfassent leurs besoins les plus compulsifs, je n’ai jamais eu à supporter les humeurs d’un connard de petit chef, sans parler des avances sexuelles plus ou moins explicites conditionnant le renouvellement d’un quelconque CDD, les horaires décalés, les remarques vachardes des collègues de bureau ou leurs jérémiades, les joies du RER et du métro, les apéros entre potes après le boulot, etc. Bref, j’ai le privilège d’être totalement préservée des deux choses qui transforment à coup sûr la vie de la plupart de mes contemporains en Enfer sur terre : un travail et une vie sociale.

Et je serais folle ? Non mais dites-moi ? Sérieusement ?

Un petit peu pute, je veux bien, je serais gonflée de le nier en bloc. Mais je réfute complètement le qualificatif de dingue ou quoi que ce soit de ce genre. Les cinglés, ce sont les autres, tous ceux qui supportent une vie entière consacrée à un boulot abrutissant, écrasés par une hiérarchie d’abrutis plus ou moins vicelards, en attendant quoi ? Le week-end avec les gniards chez les parents ou les beaux-parents ? Les vacances d’été à Palavas-les-Flots au milieu de hordes de fous-furieux capables de poireauter des heures sous un cagnard épouvantable pour une place de parking minable donnant sur une plage dégueulasse et bondée où il faudra littéralement se battre pour étaler un misérable rectangle de serviette ? La retraite ? »

Voilà, joyeuse fête du travail à tous !

Fumer tue !

OK, j’imagine bien que personne ne sera d’accord avec ce qui est écrit ci-dessous, et vous aurez bien raison, chers lecteurs.
Sauf que je m’en fous, je l’écris quand même… Allons-y, donc…
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De la même façon que je suis entré dans le monde de la sexualité en même temps que l’arrivée du SIDA, je suis devenu fumeur au moment où les choses commençaient à se gâter pour les accros au tabac.
J’ai pourtant connu les bistrots et les discothèques enfumés, les salles de cinéma où l’on pouvait encore s’en griller une entre deux boîtes de pop-corn, les wagons « fumeurs » dans le RER et le TGV, et même les espaces « smoking » dans les avions (qui pourrait aujourd’hui s’imaginer s’allumer une petite Marlboro après le stress du décollage ?). Je me souviens avoir fait un exposé dans un amphi sur les origines du Printemps de Prague en enchaînant les clopes, et au lycée, nous fumions dans les couloirs. Et Monsieur Mailler, notre prof de philo vénéré, semblait incapable de démêler les tenants et aboutissants de la querelle Kant/Constant sans ses gitanes.
En parlant de gitanes, tout le monde se souvient de Serge Gainsbourg, mais aussi du journaliste Yves Mourousi, qui présentait le journal de 13 heures une cigarette aux lèvres et le cul posé sur son bureau, ou de l’émission de Michel Polak, pendant laquelle tout le monde s’engueulait autour de cendriers qui se remplissaient à la vitesse grand V. Pour ma part, je me rappelle la pochette deYoung Americans, de David Bowie. Il était clair que la beauté androgyne de la star était sublimée par les volutes de fumées qui sortaient de la cigarette qu’il tenait entre deux doigts graciles…
Mais c’était la fin d’une époque.
Juste le temps d’y goûter, juste le temps de devenir accro et pile à temps pour se prendre une volée d’interdiction en pleine poire.
Bon, je ne dis pas que c’était si cool que ça. Les non-fumeurs, qui semblaient à cette époque représenter une minorité de coincés des miches, de tristes sires ou pire, de sportifs, les non-fumeurs disais-je, devaient en baver des dons de chapeau à supporter notre tabagie dans à peu près tous les lieux publics – pas les chambres d’hôpital, il est vrai, mais il paraissait logique à tout le monde d’éviter d’allumer une clope à côté d’un circuit d’oxygène. Pour le reste, les pauvres non-fumeurs devaient supporter une sorte de smog permanent, il faudrait être d’une totale mauvaise foi pour nier que nous abusions, que nous les privions d’une de leurs libertés fondamentales, celle de respirer un air pur.
Bref.
Je ne suis pas en train de vous faire le coup de la nostalgie pour je ne sais quel âge d’or au cours duquel on ne vous regardait pas comme une sorte de criminel nazi si vous allumiez votre cigarette en public – quoi que… -, encore moins de faire l’apologie du tabagisme – bien que… Je ne nie pas les dangers du tabac pour la santé et, de vous à moi, je trouverais plutôt bien que les générations à venir soient entièrement constituées de non-fumeurs.
Je dis juste qu’on y a peut-être été un peu fort en ostracisant les fumeurs.
J’ai encaissé les premières mesures limitant les espaces dédiés au tabagisme avec une certaine bienveillance. Après tout, il me semblait tout à fait normal de réserver des espaces non-fumeurs dans les restaurants, les cafés, etc. C’était une question de respect pour ceux qui n’aimaient pas la fumée ou l’odeur du tabac, ou qui n’avaient pas envie de s’intoxiquer. C’était la moindre des choses, n’est-ce pas ? D’ailleurs, au lycée et à la Fac, il y avait en ce temps-là deux salles des profs. Par une salle pour les agrégés et une pour les autres, comme autrefois. Mais une salle pour les fumeurs et une pour les non-fumeurs. Ça n’avait l’air d’emmerder personne d’ailleurs, d’autant plus que la plupart des non-fumeurs passaient le plus clair de leur temps dans salle fumeurs, parce qu’en toute objectivité – et ce n’est pas moi qui le dis -, nous étions tout de même plus sympas et plus rigolos que les coincés qui formaient le noyau dur des non-fumeurs.
OK.
Sauf que lorsque les espaces fumeurs ont totalement disparu – j’ai oublié en quelle année, mais ça s’est fait très vite -, je me suis dit qu’on y allait quand même un peu fort. Qu’on aurait pu trouver, je ne sais pas moi, une sorte de compromis.
D’accord, il n’y a pas de compromis qui tienne lorsqu’il s’agit d’une question de santé publique, une question de vie ou de mort. Sans déconner ? Depuis quand le prix du pinard et autres alcools s’est-il envolé ? Depuis quand les étiquettes apposées sur les bouteilles de Sauvignon, de Bordeaux ou autres breuvages alcoolisés sont-elles des étiquettes « neutres ». Mieux, des étiquettes neutres arborant des photos de foies malades, de types édentés, de familles éplorées autour d’un cercueil d’enfant, j’en passe et des meilleures… Depuis quand se montre-t-on inflexible à ce pointsur la question des limitations de vitesse alors que toutes les statistiques montrent que la vitesse excessive est la principale cause de mortalité sur les routes – avec l’alcool, tiens donc – et j’affirme au passage que seuls les gros beaufs qui n’auront jamais rien dans le cigare peuvent soutenir le contraire.
Je me souviens du jour où j’ai cessé de trouver normal qu’on trouve normal d’ostraciser les fumeurs à ce point.
J’étais à Amsterdam, en plein hiver. Je venais de traverser le Quartier Rouge où les touristes plus ou moins alcoolisés faisaient du lèche-vitrine devant des nanas à moitié dénudées, exposées comme des morceaux de viande dans une boucherie – mais tout le monde avait l’air de trouver ça normal. J’ai eu envie d’un café chaud. Et de fumer une bonne cigarette. Résultat, je me suis retrouvé dehors, dans le vent et sous la pluie, à fumer ma Marlboro tandis que des types et des filles fumaient tranquillement leurs joints, installés bien au sec autour d’une boisson chaude ou froide – le coffe shopétait bien-entendu non-fumeur, au sens. Je me suis demandé ce soir-là dans quelle dimension j’avais basculé. Dans quel foutu monde je trimballais mon existence.
Par la suite, j’ai arrêté de voyager à New-York lorsque Central Park est devenu entièrement « smoke free », ainsi que les rues de la ville, en dehors d’espace clairement délimités où les fumeurs peuvent encore s’entasser sous le regard désapprobateur et méprisant des passants. Et après qu’à un dîner avec des producteurs américains richissimes, démocrates et homosexuels – donc ouverts d’esprit par définition -, ma femme m’ait raconté combien ils avaient été choqués que je m’excuse pour aller m’en griller une petite avant le dessert. « Mais c’est bizarre, ce sont lespauvresqui fument ! », lui avaient-ils déclaré en toute ingénuité.
Ensuite, j’ai arrêté de voyager tout court, tant les rares espaces réservés aux fumeurs se sont raréfiés dans les aéroports – tout juste quelques petits aquariums mal ventilés, mal indiqués et situés si possible à des kilomètres des portes d’embarquement…
Je sais que fumer est une sale manie, une accoutumance, et que je ferais bien d’arrêter.
Je sais que fumer, c’est mal, et que ceux qui veulent une société entièrement peuplée de non-fumeurs ont de très bonnes intentions.
Je sais enfin, amis non-fumeurs, que vous avez totalement raison et que j’ai absolument tort.
Je sais tout ça.
Mais je tenais tout de même à vous dire : je vous emmerde tous, autant que vous êtes.
Ce sera ma conclusion.

Comment j’ai découvert les Stones, par Condie Raïs…

La vidéo des quatre confinés postée hier sur twitter m’a scotché !

Du coup, ça m’a rappelé que j’avais raconté comment je les avais découverts, dans un petit texte autobiographique…

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Ça c’est donc passé comme ça :

 

Juke Box Jive

 

 

Je me souviens parfaitement quand ça s’est produit. C’était vers la fin des années 1970. Avant le début des années 1980 en tout cas, parce que c’était encore la France du giscardisme, l’ombre n’avait pas encore laissé place à la lumière comme aurait dit l’autre naze, et je me rappelle bien que Raymond Barre passait régulièrement à la télé pour nous expliquer comment il allait maîtriser l’inflation, ce qui ferait mécaniquement baisser le chômage, ou peut-être était-ce l’inverse, je ne sais plus trop.

Bref, je passais le samedi soir chez mes grands-parents. Et chez mes grands-parents, le samedi soir, c’était Guy Lux. Obligatoire. Et il fallait se farcir Dave, Mireille Mathieu, Claude François, Dalida et consorts en boucle, tout ça entrecoupé des brillantes interventions de l’animateur et parfois de questions posées aux téléspectateurs, par téléphone, qui permettaient à des pauvres gens de gagner une cuisine toute équipée ou une télévision, à condition qu’ils prouvent que oui, ils suivaient bien l’émission, d’ailleurs ils avaient parfaitement noté quelle était la chanson qui venait de passer à l’antenne. Lorsqu’ils gagnaient, les pauvres étaient fous de joie. Lorsqu’ils perdaient, les pauvres restaient dignes, de toutes façons, être pauvres, ils avaient l’habitude, et c’était pas une télé ou une cuisine équipée en plus ou en moins qui allait bouleverser leur sort, songeais-je en mon fort intérieur.

Tout ça pour dire que je m’ennuyais ferme pendant que ma grand-mère fredonnait avec Joe Dassin, en attendant la récompense qui allait sauver ma soirée, avec un peu de chance, la participation à l’émission d’un groupe de musique dont je collectionnais les 45 tours que je passais et repassais dans mon mange-disque orange, les géniaux, les magnifiques, les talentueux Rubettes. Yeah! Lorsqu’on avait de la chance, Guy Lux les annonçait et je me redressais sur ma chaise, pour admirer ces types super-mignons, vêtus de costards blancs à col large et pattes d’eph’, béret vissé sur le crâne, entamer une chorégraphie improbable en entonnant le play-back de leur dernier tube, choubidouwap, wap wap wap… Je le connaissais forcément et je murmurais avec eux des paroles qui n’avaient pour moi aucun sens – on disait à l’époque « chanter en yaourt », j’ignore pourquoi. Évidemment, pépé et mémé discutaient et faisaient du bruit pendant la chanson. Les Rubettes, ce n’était pas leur truc, ça n’était pas vraiment de la musique, alors ils ne devaient pas comprendre pourquoi j’étais comme ça à regarder ces guignols, les yeux écarquillés et les lèvres entrouvertes. Mais bon. Je me concentrais du mieux que je le pouvais et ma soirée était sauvée d’une certaine manière.

Et puis un soir Guy Lux a annoncé je ne sais quoi en se marrant, visiblement ce qu’on allait voir dépassait les bornes du ridicule, je me souviens que l’animatrice qui lui servait de faire-valoir riait à ses plaisanteries concernant le son qu’il fallait impérativement baisser et le bruit pour lequel il s’excusait par avance mais qui n’allait pas manquer d’envahir les foyers français au moins pendant quelques instants. Je ne m’attendais à rien de particulier. Je m’emmerdais ferme, d’autant plus que je sentais bien qu’il n’y aurait pas les Rubettesce soir là, c’était cuit pour ce samedi.

Et en effet, une sorte de bruit bizarre est sorti de la télé, tandis qu’un groupe de gars déguisés en marins s’agitait sur le rythme d’une batterie que j’ai trouvé décalé. C’était un peu comme les Rubettes, sauf qu’ils étaient moches et qu’ils n’étaient pas souriants du tout, ils avaient en fait l’air de se foutre de la gueule du monde. D’ailleurs, leur chanson était atroce, pépé et mémé étaient unanimes sur ce point, c’était tout sauf de la musique. C’était du bruit, et encore, si l’on se montrait indulgent. Le chanteur ne se gênait pas pour faire des grimaces ignobles, les autres faisaient la gueule ou se marraient et à la fin, de la mousse envahissait le plateau et ils pataugeaient dedans comme des malpropres. Lamentable de bout en bout.

Le mercredi suivant, j’allais à pied à la médiathèque municipale où l’on pouvait emprunter gratuitement quatre livres et trois disques par semaine, à condition de les rendre en bon état. Je ne m’intéressais jusqu’alors qu’aux livres, qu’aurais-je fait de disques, on n’écoutait pas de musique à la maison bien que papa et maman avaient une chaine stéréo avec des enceintes pour passer les 33 tours de Michel Sardou. Moi, j’avais mon mange-disque pour les Rubettes, point final.

Le rayon disques me semblait immense. La dame m’a expliqué que si je voulais en emprunter, pas de problème, il suffisait que je lui apporte le saphir de la chaine de mes parents pour qu’elle voie s’il était en bon état, il ne s’agissait pas d’esquinter les microsillons. J’ai eu beau lui expliquer que la stéréo de mes parents était en parfait état, qu’on passait un disque de Sardou par semaine et que c’était tout, elle est restée intransigeante. Le saphir. C’était non négociable.

J’ai refait l’aller-retour à pied en maugréant, mais on est têtu quand on est jeune, et j’ai expliqué la situation à mon père qui m’a montré comment on pouvait enlever la tête du lecteur, laquelle incluait le fameux saphir, celui qui lisait les microsillons mais pouvait tout aussi bien les bousiller comme un soc de charrue si l’on n’y prenait pas garde. Je suis retourné à la médiathèque avec l’objet en poche, protégé dans du sopalin.

Lorsque le test a été passé avec succès et qu’elle eut examiné le saphir avec une grosse loupe, la dame m’a expliqué les conditions pour emprunter les disques, je n’avais pas besoin de laisser de caution étant donné que j’avais déjà ma carte pour la bibliothèque et que ça fonctionnait ensemble, bref, je pouvais y aller, j’étais libre de faire mon choix.

Évidemment, je demeurais planté comme un con devant les rayons.

« Viens, je vais te montrer comment ça marche », a dit la dame qui s’était matérialisée à côté de moi. Elle m’a gentiment montré le rayon classique, le jazz, les nouveautés – un seul disque par semaine, pas plus -, etc. Mais je devais toujours avoir l’air d’un demeuré parce qu’elle s’est un peu penchée vers moi et qu’elle m’a demandé :

« Tu voulais quelque chose de particulier, peut-être ? »

 

It’s only rock’n roll

 

La dame de la discothèque ne regardait pas Guy Lux le samedi soir, elle ne voyait pas quel groupe de musique pouvait parader déguisé en marins dans de la mousse et le fait que mes grands-parents aient détesté la chanson n’était visiblement pas un indice suffisant pour qu’elle puisse m’aider.

« Ils sont moches, et le chanteur a une grande bouche, de grosses lèvres et il fait des grimaces », ai-je ajouté en désespoir de cause.

Miracle.

Elle voyait. Elle voyait même très bien, elle en aurait mis sa main à couper.

Elle m’a conduit directement au rayon pop-rock, a farfouillé dans le bac et a extirpé un album.

« Ce ne serait pas lui, des fois ? » a-t-elle demandé en désignant l’un des types sur la pochette.

C’était lui.

Je suis reparti avec une compilation appelée Stone Ageainsi qu’un autre disque qu’elle m’a conseillé « pour commencer », Goat’s Head Soup. Un mois plus tard à peine, j’avais ma propre chaine dans la chambre – elle faisait aussi lecteur de cassettes audio, on pouvait même enregistrer des morceaux extraits des vinyles que l’on passait ou bien la radio, la classe. J’avais bassiné mes parents, menacé de ne plus travailler et de redoubler ma quatrième, promis de ne plus déglinguer les serres du voisin avec mes tirs au but manqués contre le grillage du jardin et ils avaient fini par céder. Et j’avais sorti tout ce que je pouvais des Stones à la discothèque.

Quelques semaines plus tard, mes parents m’ont ramené une surprise, en revenant d’une brocante, pendant que j’étais resté chez pépé et mémé. Une guitare. Une guitare d’occasion. J’en parlais depuis plusieurs semaines, mais sans insister, vous voyez, ça restait une idée dans le vague. J’ai été émerveillé par l’objet mais bien entendu, mais je ne savais pas quoi en faire d’autant qu’il n’y avait pas de cordes.

« Ce qui serait bien ce serait que tu prennes des cours a dit mon père. »

« Ce qui serait bien, ce serait qu’on commence par mettre des cordes », m’a dit le jeune gars qui avait accepté de me donner des cours pour 10 francs de l’heure, tous les samedis après-midi. Ce n’était pas trop loin de chez moi et ce n’était pas cher. Ça s’annonçait bien.

« Au moins, tu es motivé, parce que pour apprendre à jouer là-dessus, bonne chance » a-t-il ajouté une fois qu’il m’eût montré comment on fixait les cordes, par ordre de grosseur, et il fallait ensuite l’accorder par dessus le marché – ce ne fut pas sa seule démonstration, loin de là, sans compter les soirées que j’ai pu passer seul dans ma chambre à m’acharner à faire sonner juste une gratte qui de toute façon ne tenait pas l’accord, comme on dit.

« Bon, je suppose que tu veux commencer par apprendre Jeux interdits ? m’a-t-il demandé lorsque la première vraie leçon a commencé.

« Non non non, je voudrais savoir jouer ça… »

J’avais extirpé une cassette de la poche de mon blouson et l’avais brandit sous son nez. Il l’avait saisie, l’avait enfilée dans un lecteur qui traînait dans le coin et dès les premières notes, il avait souri.

« L’intro d’Angie… Mouais, ça devrait être faisable. OK, on va commencer par ça, mais tu me fais des gammes, aussi, c’est donnant-donnant. »

 

 

Les dix livres préférés au monde de Tatie Condie !

Bon, la période s’y prête, chacun y va de sa liste de disques, de bouquins, de films, de répliques cultes…

Alors je m’y et aussi. Je ramène ma fraise, tout en étant bien conscient que tout le monde s’en fout… Je le fais pour moi.

Ah, juste un truc : pour déconner un peu, j’ai habilement dissimulé dans la liste un « intrus », qui ne fait pas du tout (mais alors pas du tout !) partie de mes favoris. Saurez-vous le retrouver, gentil lecteur ? Hum ? Allez, let’s go!

Oscar Wilde

1/ Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray (1890)

2/ Bret Easton Ellis, American Psycho (1991)

3/ Michel Houellebecq, La carte et le territoire (2010)

4/ Christine Angot, L’inceste (1999)

5/ Philippe Djian, Maudit manège (1986)

6/ André Maurois, Les silences du colonel Bramble (1918)

7/ John Fante, Mon chien stupide (1985)

8/ Charles Bukowski, Journal d’un vieux dégueulasse (1969)

9/ Hubert Selby Jr, Le Démon (1976)

10/ Gustave Flaubert, Madame Bovary (1857)

 

 

 

Moi aussi je veux écrire de la poésie !

Y’a pas de raison…

J’ai jamais essayé, certes, mais je ne vois pas pourquoi tout le monde balance ses poèmes sur Twitter et pas moi… Non mais.

Donc, je me lance – j’avoue que j’ai un peu le trac… En plus, j’ai choisi un thème vachement coton : l’Amour. Avec un grand « A ».

Allez, je mets une jolie image pour l’inspiration et je me lance…prince charmant

Ça s’appelle « Elle rêvait d’amour »  – et personne ne se moque, svp, merci d’avance aux esprits chagrins de ne pas ricaner…

Donc.

« Elle rêvait d’amour…

D’âmes soeurs et de coeurs emmêlés,

Elle rêvait d’amour,

De tendresse pour l’éternité,

Elle rêvait toujours,

D’une vie de rêve éveillé,

Elle rêvait d’un jour,

Où passion rimerait avec réalité (merde, ça dépasse un peu…)

Elle rêvait d’amour, (le premier qui dit « on le saura », je le bute…)

Exaltée, libérée, délivrée,

Elle rêvait toujours,

Tandis qu’il la niquait par derrière contre la table de la cuisine. »

 

Voilà. Pas mal, non ? J’en ai moi-même les larmes aux yeux, tiens…

 

 

Frédéric Soulier, Des morts des vivants

Comme je n’ai plus le temps de lire – et encore moins d’écrire, qu’on se rassure -, je reposte ici des articles sur les lectures d’auteurs indépendants qui m’ont marquées… Il y a eu Odehia, aujourd’hui, c’est Fred Soulier…

Des morts des vivants.

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Ça commence avec une partie de foot d’anthologie. Et là, on se dit : c’est pas possible, il ne pourra jamais garder le rythme, pas avec ce style, cette inventivité dans l’usage de la langue, cette richesse, il ne tiendra pas la longueur… Son histoire, elle va s’effondrer comme un soufflet… Ben non. Elle tient la route, l’histoire. Et le style ne se débande pas. Et ça devient une œuvre. Une fresque. Noire et crasseuse, la fresque, hein. Mais parsemée çà et là par de brillants soleils. Des éclats de bravoure, des tas de petites lâchetés aussi, de la violence, souvent. Une immersion dans le Cratère, avec juste ce qu’il faut de flashbacks, de flashforwards et de punchlines pour rythmer le récit – les anglicismes, c’est pour enquiquiner l’auteur, s’il lit ces lignes… Et des giclées d’humour ou de tendresse, aussi, pour nous sortir le nez de la fange quelques instants, histoire de respirer un peu avant de replonger en apnée… Et hop, d’autres scènes d’anthologie, et des moments de grâce aussi, des trouvailles poétiques qui m’ont bluffée… Bon, la fascination de l’auteur pour les matières fécales, les fluides de toutes nature et autres joyeusetés écœurantes n’est pas vraiment ma tasse de thé. Sauf que dans un camp de réfugiés plombé par la dysenterie et infesté de vermine, au milieu des morts, des vivants-à-peine et des morts-vivants, ça fait sens, ce n’est pas gratuit… Donc je ne dis rien, je passe. Parce que pour le reste, Des morts, Des vivants, c’est un putain de bon bouquin, un livre-univers, dont on ne sort pas indemne – ça fait cliché, le bouquin dont on ne sort pas indemne, alors disons qu’on est secoué sur le coup et qu’on y repense ensuite, ça vous va ? Et même calenchés ou subclaquants, les personnages continuent de vous accompagner, bien après qu’on ait refermé le livre. C’est le meilleur roman qu’il m’ait été donné à lire depuis belle lurette, alors merci à l’auteur, Yek !

Le lien vers le bouquin sur Amazon, c’est ici :

Frédéric Soulier, Des morts des vivants

 

De la connerie, en tant que lecteur…

Catégorie : « Ce qu’on peut être con envers un livre, quand on est jeune – et même quand on est vieux… » (lectures)

Kant

Je me souviens en prépa avoir annoté La critique de la raison pure, dans les marges, avec des commentaires du genre : « Ouais, intéressant », ou encore : « Bof, à retravailler, je suis pas convaincu… », voire, « Pas mal, je suis assez d’accord… »

Pauvre misérable que je suis…

Je suis retombé sur mon vieil exemplaire du bouquin en question, il y a peu de temps, et je suis devenu rouge de honte en relisant ces notes pathétiques…

Vous aussi, vous avez été très cons avec des bouquins ? Ben dites-le, n’ayez pas honte, on a tous des cadavres dans notre placard…

Voilà. C’était tout…

 

 

Lettre type à un éditeur (conseil pour un jeune écrivain)

Voilà, après avoir tergiversé pendant des années, je me suis enfin décidé à envoyer ma prose à un vrai éditeur ! Je me suis même fendu d’une petite lettre d’accompagnement, courte et directe, comme il est conseillé de le faire. Il y aura peut-être quelques petites retouches, mais ça donnera ça, en gros. Eh, les jeunes auteurs en herbes, n’hésitez surtout pas à vous en servir, si je peux rendre service, c’est toujours avec plaisir…

éditeur

Alors voilà :

« Salut Ducon !

Malgré la sainte horreur que m’inspire le catalogue misérable de ta boîte, j’ai finalement décidé de te confier la publication de mon manuscrit, mais de justesse…

J’aime autant te prévenir que ça va te faire un sacré choc, au vu des bouses que tu sors habituellement, alors prépare-toi à prendre une claque, ça va te faire un choc…

Il est bien entendu hors de question de changer une seule virgule de mon texte. À mon âge, c’est pas toi et tes sbires qui allez m’apprendre à écrire… Donc, tu le publie tel quel, capiche ?

Oh, un dernier truc : sans vouloir te mettre la pression, je l’ai aussi envoyé à deux ou trois autres branques dans ton genre, alors si tu veux décrocher la timbale, je te conseille vivement de te bouger les miches.

On causera des royalties quand les épreuves seront prêtes.

Bien à toi,

C. R. »

Pas mal non ? J’hésite encore sur la formule de politesse, à la fin, je trouve que ça fait un peu obséquieux, enfin bref…

 

10 raisons pour lesquelles je ne profite plus des promotions gratuites sur Amazon

Bon, c’est bien tentant lorsqu’on débute, ou qu’on vient de sortir un bouquin, de profiter des « promotions gratuites » proposées par kdp.
Je l’ai fait maintes et maintes fois…
Mais c’est terminé – pour moi, du moins, ce n’est pas un conseil que je donne aux jeunes auteurs, chacun son expérience, hein.
Plutôt que d’écrire un long article chiant comme un discours de Christophe Castaner, je préfère en résumer sèchement les 10 raisons principales :

Gratuit

1/ Les promotions gratuites ne rapportent pas un radis (oui, je sais, c’est une évidence). Or, même si on ne s’autoédite pas pour devenir riche, on peut tout de même espérer être rétribué un minimum pour son boulot, non ?

2/ C’est en refilant mes bouquins gratuitement que j’ai eu mes pires critiques (ben oui, on pourrait penser l’inverse, et je ne m’explique pas ce phénomène, mais c’est ainsi…). Et quand je dis les pires, c’est les pires des pires, bien souvent à côté de la plaque d’ailleurs, comme si elles s’adressaient à un produit qui n’a rien à voir (nouveau mystère).

3/ Ça me sabote le moral quand plein de gens téléchargent mes bouquins gratuitement, mais que personne ne veut payer 0,99 centimes pour en acheter un…

4/ Ça me sabote le moral quand PERSONNE ne veut de mes bouquins, même gratuitement – c’est quoi l’étape suivante ? Je propose du fric aux lecteurs ? Hum ?

5/ Lorsque ça fonctionne, j’ai l’impression d’entrer dans un classement des meilleures ventes… Et puis je réalise tout à coup que je suis dans un classement des meilleurs trucs refilés gratos pendant un vide-grenier. Et là, c’est la descente de speed.

6/ Lorsque la promotion est terminée, le bouquin concerné est remis dans le classement des ventes, mais il a dégringolé tout au long de la promo ! Je me suis fait avoir plusieurs fois : j’ai voulu booster gratuitement un livre qui entrait dans un top 100 quelconque. Résultat des courses, après 4 jours de téléchargement gratuit, il se retrouvait dans les tréfonds du classement… Super.

7/ Lorsque je mets un bouquin gratos sur Amazon, je me retrouve très souvent aux coudes-à-coudes avec « Violée par les tentacules en folie » ou bien « Prise dans les vestiaires par l’équipe de foot, les arbitres et même les juges de touche ». J’ignore pourquoi (je sais, j’ignore beaucoup de choses).

8/ Je n’ai jamais remarqué que des gens achetaient mes bouquins après une période de promo gratuite. Alors à quoi bon ?

9/ Le bouche-à-oreille ? Laissez-moi rire, quel bouche-à-oreille ???

10/ Il n’y a pas de 10. C’était juste pour annoncer un chiffre rond. Voilà, c’est fini les récriminations du jour…

Un plan marketing imparable…

Suite à l’échec lamentable de ma campagne de publicité sur Facebook, j’ai décidé, tel le Bill Gates moyen, de ne pas me décourager et je me suis enfilé des articles sur le marketing pendant 3 jours.
Et j’ai enfin compris comment booster mes ventes et susciter le désir d’achat compulsif de mes prospects – je cause bien, hein ? On dirait vraiment un conn… euh, un pro du marketing ?

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Bon, voici donc ma nouvelle gamme, fondée sur une stratégie de diversification parfaitement adaptée aux différents segments du marché :

// CONDIE RAÏS : CATALOGUE AUTOMNE HIVER 2020 //

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1 roman dédicacé + signature + 1 bouteille de Sauvignon + 1 chat : 19 999,99€

Voilà, je vous laisse, je vais consulter ma boîte mail pour réponde aux commandes – s’agit pas de se laisser déborder par la demande, hein…